Le bon du Trésor est un titre de créance à court terme émis par l'État pour couvrir ses besoins de trésorerie. À ne pas confondre avec les obligations à long terme (OAT), il constitue un instrument de dette souveraine à échéance courte, généralement inférieure à un an.
En 2025, le taux moyen des BTF français s'établissait à 2,18 % (source : Insee), tandis que le rendement du Treasury 10 ans américain atteignait 4,44 % fin mai 2026 (source : TradingEconomics). Ce placement, longtemps perçu comme un refuge absolu, mérite pourtant d'être mis en perspective avec des alternatives potentiellement plus performantes.
- Le bon du Trésor fonctionne sur un mécanisme de décote à l'émission : vous achetez moins cher que la valeur de remboursement
- En France, l'accès direct est réservé aux institutionnels, mais des voies indirectes existent
- Des classes d'actifs comme la dette privée offrent des rendements significativement supérieurs pour les investisseurs avertis
Qu'est-ce qu'un bon du Trésor ?
Définition classique et rôle dans le financement de l'État
Le bon du Trésor est un titre de dette souveraine à court terme, émis pour couvrir les dépenses courantes de l'État : rémunération des agents publics, refinancement de la dette existante, investissements. En France, c'est l'Agence France Trésor (AFT), rattachée au ministère des Finances, qui pilote les émissions. Aux États-Unis, le Department of the Treasury émet les Treasury Bills (T-Bills).
Point technique à retenir : le bon du Trésor est un instrument à coupon zéro. Il est émis avec une décote par rapport à sa valeur nominale et remboursé au pair à l'échéance. La différence entre les deux constitue le rendement pour l'investisseur.
Attention aux différents types de titres d'État en France et aux États-Unis
La nomenclature des titres d'État prête souvent à confusion. Voici la distinction à connaître :
En France :
- Les BTF (Bons du Trésor à taux Fixe et à intérêt précompté) pour les échéances de 1 à 12 mois, avec une coupure nominale de 1 € et des adjudications hebdomadaires (source : aft.gouv.fr)
- Les BTAN (échéances de 2 à 5 ans), supprimés depuis 2017
- Les OAT (Obligations Assimilables du Trésor) pour les maturités longues de 2 à 50 ans, disponibles à taux fixe, indexées sur l'inflation ou de capitalisation
Aux États-Unis : T-Bills (moins d'un an), T-Notes (2 à 10 ans), T-Bonds (20 à 30 ans).
Comment fonctionne le mécanisme d'adjudication des bons du Trésor ?
Les BTF sont émis via des adjudications hebdomadaires organisées selon un calendrier trimestriel fixé par l'AFT. Les investisseurs institutionnels (banques, assureurs, fonds) soumettent des offres en prix. Les offres les plus élevées sont servies en priorité.
Le système américain fonctionne différemment. Deux types d'enchères coexistent :
- les enchères concurrentielles (l'investisseur fixe le rendement qu'il accepte)
- les enchères non concurrentielles (il accepte le rendement déterminé par le marché)
Sur la plateforme TreasuryDirect, le montant minimum est de 100 USD (source : treasurydirect.gov).
Après émission, les bons s'échangent sur le marché secondaire, avec une liquidité considérable. Les volumes quotidiens sur les T-Bills américains se chiffrent en centaines de milliards de dollars.
En France, les BTF restent réservés aux investisseurs institutionnels sur le marché primaire. Un particulier ou une entreprise peut y accéder indirectement via des fonds monétaires ou des ETF obligataires.
Quel est le rendement d'un bon du Trésor ? Et quels facteurs l'influencent ?
Bien calculer le rendement d'un bon du Trésor
Le rendement d'un bon du Trésor provient de la décote à l'émission : la différence entre la valeur nominale (remboursée à l'échéance) et le prix d'achat, inférieur.
Prenons un exemple concret : un BTF acheté 98,50 € et remboursé 100 € à 6 mois offre un rendement annualisé d'environ 3 %.
Sur le marché secondaire, le calcul s'effectue par rapport au prix d'achat effectif et à la durée résiduelle du titre. En 2025, le taux moyen des bons du Trésor français à court terme était de 2,18 % (source : Insee).
Taux directeurs, inflation et cycles de marché : 3 moteurs du rendement
Trois forces macroéconomiques déterminent le niveau des taux :
- Les taux directeurs des banques centrales servent de référence. Quand la BCE ou la Fed relève ses taux, les rendements des nouveaux bons suivent. En contrepartie, la valeur des anciens bons diminue.
- Comme dans tous investissements, l'inflation a aussi un impact majeur. Si elle dépasse le rendement du bon, le rendement réel devient négatif. Votre capital est remboursé, mais son pouvoir d'achat a fondu. Les banques centrales ajustent alors leurs taux pour contenir la hausse des prix.
- Les cycles de marché influencent la demande. En expansion économique, les investisseurs se tournent vers des actifs plus risqués, réduisant la demande de bons. En récession, l'effet inverse (flight to quality) fait monter les prix et comprime les taux des nouvelles émissions.
Pour situer le contexte : le rendement du Treasury 10 ans américain oscillait autour de 4,44 % fin mai 2026 (source : TradingEconomics). JP Morgan Asset Management anticipait une fourchette de 3,75 à 4,25 % pour le T2 2026 (source : am.jpmorgan.com).
Quels avantages et limites d'un investissement en bons du Trésor ?
Les bons du Trésor combinent sécurité élevée et simplicité, mais présentent des limites significatives pour qui recherche du rendement. Voici le bilan complet.
Côté avantages, la garantie de l'État rend le risque de défaut quasi nul (le dernier défaut français remonte à… 1797 !). La liquidité sur le marché secondaire est excellente. L'instrument reste simple à comprendre : zéro coupon, calcul de rendement limpide. C'est aussi un outil de diversification défensif dans un portefeuille.
Côté limites, le rendement reste modeste face à d'autres classes d'actifs. Les taux courts français autour de 2 % sont inférieurs à l'inflation dans de nombreux scénarios. L'accès direct est réservé aux institutionnels en France. Pas de versement de coupons réguliers non plus : vous attendez l'échéance.
Sur le plan fiscal, les gains sur BTF sont soumis au barème progressif de l'impôt sur le revenu ou au PFU de 31,4 %. La fiscalité effective dépend du véhicule choisi : détention directe, fonds monétaire ou assurance-vie.
Comment investir dans les bons du Trésor, en pratique ?
L'achat direct de BTF est réservé aux institutionnels en France, via les SVT (Spécialistes en Valeurs du Trésor).
Pour les particuliers et entreprises en France, plusieurs voies indirectes existent :
- Les fonds monétaires investis en BTF ou T-Bills, accessibles via un compte-titres ordinaire
- Les ETF obligataires répliquant des indices de bons du Trésor
- Les SICAV monétaires via un compte-titres ou une assurance-vie
Pour les entreprises qui cherchent un placement de trésorerie d'entreprise, les OPCVM monétaire restent le véhicule le plus courant. Le rendement net demeure toutefois modeste après frais de gestion et fiscalité.
Quelles alternatives aux bons du Trésor pour un meilleur rendement ?
OAT, obligations d'entreprise et SCPI : les alternatives classiques
Les OAT à maturité longue offrent un rendement supérieur aux BTF, mais avec une sensibilité accrue aux variations de taux. Les obligations d'entreprise (corporate bonds) ajoutent un cran de rendement en contrepartie d'un risque de crédit. Accessibles via des fonds obligataires ou ETF, elles conviennent aux investisseurs cherchant un placement de trésorerie court terme plus rémunérateur.
Les SCPI proposent un rendement de 4 à 6 % avec un ticket d'entrée dès 1 000 €. L'exposition au marché immobilier et la fiscalité des revenus fonciers restent des points de vigilance.
La dette privée : une alternative à rendement supérieur pour les investisseurs avertis
La dette privée consiste à prêter directement à des entreprises, en dehors des marchés cotés, via des instruments variés : dette senior, mezzanine, unitranche. Elle offre des rendements contractuels et prévisibles, avec une position créancier prioritaire plus défensive que l'equity.
Par rapport aux bons du Trésor, l'écart de rendement est significatif. Les distributions régulières (trimestrielles) et la faible corrélation aux marchés cotés renforcent l'intérêt de cette classe d'actifs pour diversifier un portefeuille.
Des fonds comme Openstone Yield permettent d'investir dans la dette privée via une structure de fonds de fonds diversifiée sur plusieurs gérants de premier plan (Ares, Carlyle, Goldman Sachs, LGT). Le ticket d'entrée s'établit à 100 000 € (30 000 € sous conditions).
Contreparties à connaître : la liquidité reste plus faible (horizon de 5 à 8 ans), le capital n'est pas garanti et le risque de défaut des entreprises emprunteuses existe. Ce placement s'adresse aux investisseurs disposant d'un horizon long et acceptant l'illiquidité. Une alternative au compte à terme à considérer sérieusement !






